La Grande Hermine

Bienvenue à bord de « La Grande Hermine »

À l’occasion des 40 ans des Fêtes maritimes de Douarnenez qui se sont déroulées du 23 au 26 Juillet 2026, nous avons été chaleureusement accueillis à bord de « La Grande Hermine ». Le navire se présente comme le plus petit voilier-école de la Marine nationale, mais aussi le plus rapide avec 7 nœuds sous voile et 6 au moteur.

Une histoire presque centenaire

Mis sur cale en 1931, le bateau est lancé le 4 juillet 1932 par le chantier naval marseillais « Fidèle », sur des plans de l’architecte naval Léon Sébille. Il répond à une commande d’André Baugé, baryton de l’Opéra-Comique, chanteur et acteur populaire de l’entre-deux-guerres. Baptisé « La Route est Belle », du nom d’une chanson de 1930 qui fit son succès et qu’il interprète dans le film homonyme, le voilier avait, dans l’esprit de l’artiste, pour vocation de transporter sa troupe entre Honfleur et Marseille.

En 1937, le voilier est racheté par un industriel et devient « Ménestrel ». Il le restera jusqu’en 1959 où l’École nationale de la Marine marchande en fait l’acquisition et l’affecte sur Saint-Malo. Il est alors baptisé sous son nom actuel, « La Grande Hermine », en souvenir des navires qui accompagnèrent l’explorateur Jacques Cartier et sans doute un clin d’ oeil à l’emblème de la Bretagne.

La Marine Nationale le rachète en 1963 comme navire-école, avec le numéro de coque A 653. Affecté d’abord à l’école des manœuvriers de Brest, puis au Centre d’instruction naval (CIN) de Brest, il est finalement affecté le 1er juillet 2000 à l’École navale, dont il devient la quatrième unité traditionnelle aux côtés de la « Belle Poule », de l’« Étoile » et du « Mutin ».

Bien entretenu tout au long de sa carrière — il fut en 2012 le premier voilier de la Marine nationale à entrer en phase de Maintien en condition opérationnelle —, il a bénéficié d’un arrêt technique majeur au chantier du Guip à Brest en 2024-2025, avant d’être remis à l’eau le 31 janvier 2025.

Un outil de formation à l’ancienne

« La Grande Hermine » est aujourd’hui un bâtiment de la Force d’action navale. Navire-école, il permet aux élèves — futurs officiers de la Marine — de réapprendre l’usage des outils de navigation traditionnels : estime, relèvements, sextant, cartes marines. L’objectif est de les amener à se passer des équipements électroniques modernes, même si, par sécurité, le voilier en est pourvu. Il s’agit de bâtir un socle de connaissances solides, utile dans certaines situations extrêmes où les systèmes de navigation modernes sont indisponibles.

La vie à bord est à l’image de l’architecture des années 1930 : le confort y est spartiate, et chaque manœuvre se fait à la force des bras. C’est aussi, pour les marins, une école de cohésion et de connaissances de la mer.

En parallèle de sa mission de formation, le voilier remplit un rôle d’ambassadeur de la Marine nationale auprès du public en participant aux fêtes maritimes en France et en Europe.

CaractéristiqueValeur
Longueur hors-tout18,10 m
Longueur à la flottaison12,78 m
Maître-bau (largeur)4,10 m
Tirant d’eau2,00 m
Tirant d’air (avec flèche de grand-voile)17,50 m
Déplacement13,15 t (déplacement lège (*) : 6,90 t)
(*) poids à vide
Voilure145 m² (portée à 235 m² avec le spinnaker de 90 m²)
Vitesse7 nœuds sous voile, 6 nœuds au moteur

Caractéristiques techniques

« La Grande Hermine » est un yawl à gréement aurique.

La voilure classique se compose, en allant de la proue vers la poupe : d’un foc — éventuellement complété d’un clinfoc —, d’une trinquette, d’une grand-voile dite « à corne ». La corne est une longue vergue oblique qui soutient la partie supérieure de la voile et pivote le long du mât. C’est un gréement traditionnel qui donne au yawl sa silhouette caractéristique.

Surplombant la grand-voile à corne, le flèche — fine voile de beau temps — n’est envoyé que par vent léger, mais c’est lui qui donne la silhouette du yawl et porte son tirant d’air à 17,50 m.

Enfin, tout à l’ arriére se situe un tape-cul. Cette appellation familière désigne à la fois la petite voile d’équilibre et son mat (le mat d’artimon) située en arrière du safran donnant ainsi le profil caractéristique du yawl.

Ce bateau peut être manœuvré par un équipage de quatre marins : un commandant, officier marinier supérieur navigateur, un bosco, un chef mécanicien et un timonier.

De quoi s’agit il?

Yawl ou ketch ?

Deux mâts ne font ni un ketch ni un yawl.

Sur un yawl comme « La Grande Hermine », le mât arrière — l’artimon, familièrement appelé « tape-cul » — est implanté en arrière de la mèche du safran, c’est-à-dire derrière la barre. Peu propulsif, il sert surtout à équilibrer le gréement.

Sur un ketch, l’artimon est placé en avant du gouvernail : il vise alors à diviser la surface de la grand-voile pour alléger la manœuvre.

Fleche de grand-voile

Le flèche de grand-voile est une petite voile légère hissée au-dessus de la grand-voile, sur les gréements auriques. Les gréements auriques une grand-voile soutenue en haut par une vergue oblique appelée corne (cf corne) ou gunter. On parle alors de voile à corne.

Concrètement :

  • le flèche se place entre le sommet du mât et la pointe de la corne, dans l’espace triangulaire laissé libre au-dessus de la grand-voile.
  • il s’établit à l’aide d’une draille (petit câble) tendue entre le mât et la corne, et on la hisse au moyen d’une balancine qui relève légèrement la corne.
  • C’est une voile de beau temps : très fine et de faible surface, elle n’apporte qu’un appoint de propulsion. On la porte rarement au près et on l’envoie surtout par vent léger, pour gagner un peu de vitesse et surtout — sur les bateaux de tradition — pour la silhouette.
  • On peut la rapprocher du « flèche » des goélettes ou du « hunier volant » des gréements carrés : dans tous les cas, l’idée est d’ajouter une voile haute, là où le vent est le plus régulier.
  • La corne est une vergue oblique c’est-à-dire une longue barre de bois ou d’aluminium sur les bateaux modernes. Elle soutient le bord supérieur d’une voile aurique, typiquement la grand-voile.
  • Son fonctionnement :
  • Sur un gréement dit « aurique », la grand-voile est à quatre côtés : la bordure (en bas), la chute (sur l’arrière), le guindant (le long du mât) et en haut, la tête de voile, soutenue précisément par la corne.
  • La corne est articulée à son extrémité avant (le « pic » bas) contre le mât, et son extrémité haute (la « pointe ») est relevée par une balancine. Elle peut ainsi pivoter de haut en bas, ce qui permet de régler la tension de la voile et de la ferler le long du mât pour la réduire (prise de ris) ou la ranger.
  • Par rapport à une grand-voile triangulaire moderne (gréement bermudien), la voile à corne offre plus de surface sur un mât plus court — un avantage précieux pour un navire comme « La Grande Hermine » qui doit passer sous certains ponts ou conserver un tirant d’air raisonnable.

Artimon

L’artimon est le mât arrière d’un voilier à deux mâts — celui qui se trouve derrière le grand mât (ou mât de misaine selon la configuration).

le mot vient de l’ancien français artimone, lui-même issu du grec artemon (« corde de rechange » — à l’origine, un petit mât de secours à l’arrière). La voile qu’il porte se dit indifféremment l’artimon ou le tape-cul sur les petits bateaux ; le mât lui-même peut aussi être appelé « mât de tape-cul ».

Sa définition dépend en fait du type de gréement, et c’est précisément ce qui distingue un yawl d’un ketch :

  • Sur un ketch, l’artimon est implanté en avant de la mèche du safran (l’axe du gouvernail). Il porte une vraie voile, de surface significative, qui participe à la propulsion.
  • Sur un yawl — comme « La Grande Hermine » — l’artimon est implanté en arrière de la mèche du safran, tout à fait à l’arrière du pont. Plus court et plus fin que le grand mât, il porte une petite voile familièrement appelée le tape-cul.

Rôles de l’artimon sur un voilier traditionnel :

  1. Équilibre du bateau : c’est sa fonction première sur un yawl. Le tape-cul sert à équilibrer le gréement, à faire « porter la barre » — c’est-à-dire à compenser la tendance du bateau à lofer ou à abattre, en jouant sur sa surface dans le vent.
  2. Appoint de propulsion : faible sur un yawl, mais réel par vent léger, notamment au portant.
  3. Facilité de manœuvre : en cas de manœuvre délicate (risée, empannage), le tape-cul permet de gouverner « à la voile » et de tenir le bateau face au vent pour changer une voile ou reprendre un coup de récif.
  4. Support de signalisation : sur les bateaux de travail et navires-écoles, l’artimon porte souvent la flamme ou le fanion de l’unité.

Définitions :

  • Corne : la vergue du haut (parfois appelée gunter dans certains montages).
  • Balancine de corne : le cordage qui la maintient relevée
  • Flèche de grand-voile : la voile légère envoyée au-dessus de la corne (dont nous parlons ci-contre).
  • Tape-cul : la petite voile sur le mât d’artimon du yawl — elle aussi souvent à corne.